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Friday, 29 July 2016 14:21

« Le Juif » et « Un Juif »

Notre Guide Linguistique d’Auto-Défense Contre l’Antisémitisme se donne pour objectif d’identifier et de faire face aux manipulations en cas de propos antisémites. Tout en nous appuyant sur des exemples réels recensés par les observateurs de Get the Trolls Out, nous mettons en lumière les subtiles technique du discours antisémite, alliant rhétorique, appel à la haine et à la discrimination envers les Juifs. 

 the jew large french

Par Anna Szilagyi

Dans le cadre de discours antisémites, on retrouve souvent les mots « le Juif » ou « un Juif ». A première vue, on pourrait croire que l’énonciateur fait référence à un individu en particulier. Or ce n’est pas le cas : il s’adresse en réalité à l’ensemble du peuple juif. En linguistique, cette forme particulière de synecdoque (un procédé rhétorique qui consiste à utiliser ou à faire référence à une partie d’un ensemble) s’appelle un « nom collectif ». Constituée d’un nom singulier désignant un ensemble de référents, cette synecdoque est souvent utilisée à des fins de manipulation par les personnes souhaitant renforcer les stéréotypes antisémites.  

Les synecdoques sont des procédés rhétoriques répandus dans les discours antisémites, et plus généralement dans tous types de discours discriminatoires et racistes. Elles permettent à leurs utilisateurs d’évoquer un groupe en ne faisant référence qu’à certains (ou à un seul) de ses membres. Ainsi, pour désigner la communauté juive (« l’ensemble »), les antisémites peuvent faire référence à une seule personne (« une partie ») en l’identifiant comme « un Juif » ou « le Juif ». Si en plus la synecdoque est mêlée à un stéréotype antisémite, alors elle a pour but de justifier et de répandre l’antisémitisme. 

Le choix entre les articles indéfinis (« un » ou « une ») et les articles définis (« le » ou « la ») est crucial et déterminant dans une phrase. Alors que les articles indéfinis font référence à des choses ou des êtres non identifiés, les articles définis désignent des choses ou des êtres concrets. Cependant, dans le cadre de discours antisémites, qu’il s’agisse d’un article défini ou indéfini devant le mot « Juif », le sens est le même. Il s’agit pour les agresseurs d’évoquer l’ensemble du peuple juif comme un groupe homogène et dont les membres sont fourbes, immoraux et dangereux.

Le site extrémiste hongrois Kuruc.info, qui cherche à répandre la haine à l‘égard des Juifs dans le pays, emploie souvent « le » ou « un » devant le terme « Juif » au sein de ses titres et de ses articles. En septembre 2015, Kuruc.info a accusé le journal satirique français Charlie Hebdo de « se moquer » de la tragédie de l’enfant noyé sur la plage alors que sa famille essayait de gagner la Grèce pour fuir la Syrie. Le site hongrois a ajouté : « bien sûr, un Juif peut tout faire ». Dans ce cas, la référence à « un Juif » (Kuruc.info identifie Charlie Hebdo comme une publication juive) s’en remet à l’ensemble de la communauté juive, et évoque des stéréotypes antisémites selon lesquels les Juifs seraient cyniques, cruels et privilégiés. 

En février dernier, Kuruc.info a décrit l’actrice et productrice de télévision américaine Lena Dunham comme « une Juive dégénérée comme beaucoup d’autres ». Dans ce cas, le site indique explicitement qu’il s’agit d’une synecdoque. De fait, la référence désobligeante et injurieuse faite à Dunham se rapporte à l’ensemble de la communauté juive. 

Encore en septembre 2015 mais cette fois en Grèce, le blog nationaliste Antipliroforisi a publié une image sur sa page Facebook, sur laquelle figuraient plusieurs caricatures antisémites ainsi qu’une question : « Qui contrôle le monde ? »  et sa réponse : « Le Juif éternel ». Ce type de synecdoque, « le Juif éternel », a des connotations historiques. Elle a notamment joué un rôle central dans la propagande nazie puisque ce fut le titre d’une exposition de 1937 et d’un film de 1940 (« Der ewige Jude », en allemand). La synecdoque du « Juif éternel » met l’accent sur l’intemporalité de la malveillance des Juifs et vient renforcer ces propos agressifs et racistes à l’encontre des Juifs, perçus ici comme démoniaques. 

Dans les discours haineux à l’égard des Juifs, les références telles que « le Juif » ou « un Juif » sont de dangereux outils de manipulation. Ils créent la fausse impression que les Juifs sont immoraux et menaçants par nature. Ces « noms collectifs » appellent à la violence envers le peuple Juif, que ce soit verbalement ou physiquement.

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