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Thursday, 14 July 2016 10:09

Soros et Rothschild

Notre Guide Linguistique d’Auto-Défense Contre l’Antisémitisme se donne pour objectif d’identifier et de faire face aux manipulations en cas de propos antisémites. Tout en nous appuyant sur des exemples réels recensés par les observateurs de Get the Trolls Out, nous mettons en lumière les subtiles technique du discours antisémite, alliant rhétorique, appel à la haine et à la discrimination envers les Juifs. 

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Par Anna Szilagyi 

Selon les observateurs de Get The Trolls Out, Soros et Rothschild sont deux noms de famille qui reviennent fréquemment dans les médias. Pour nombre de personnes qui font référence à ces noms, il s’agit d’un procédé rhétorique leur permettant à la fois d’exprimer de la haine envers le peuple juif et de dissimuler le caractère antisémite de leur propos. 

Cette figure de style est appelée synecdoque. Même si ce nom ne vous dit rien à première vue, il est fort probable que vous ayez déjà entendu et utilisé des synecdoques vous-mêmes. Il s’agit de l’extension ou de la restriction d’un terme, du fait d’aller du particulier au général ou inversement. Par exemple, à la place d’une « personne » (général), il est possible de parler de « visage » (particulier) : « Elle a vu de nombreux visages familiers lors du concert ». De la même manière, pour parler d’une « voiture » ou d’une « moto » (général), on peut parler de « roues » (particulier), ou encore dire un « verre » (particulier) en parlant d’un « verre de vin » (général). 

Bien que l’emploi de synecdoques n’entraîne pas nécessairement de connotations péjoratives, cette figure de rhétorique peut toutefois être utilisée à de mauvaises fins. Les synecdoques peuvent ainsi servir à manipuler autrui, notamment dans le cadre de discours antisémites. Les exemples les plus fréquents sont les références à George Soros et aux membres de la famille Rothschild. 

George Soros est un homme d’affaires milliardaire. Certains membres de la famille Rothschild figurent également parmi les personnes les plus riches au monde. Il est de notoriété publique que George Soros et les Rothschild sont de confession juive. Bien-sûr, ce n’est pas parce qu’ils sont Juifs que toutes les critiques qui leur sont destinées sont antisémites ; mais le fait qu’il s’agisse de personnalités riches et influentes peut donner lieu à certains abus concernant les références qui leur sont faites. D’une part, le stéréotype désignant l’ensemble des Juifs comme des personnes riches et puissantes peut se voir renforcé. D’autre part, dans le cadre de discours antisémites, George Soros et la famille Rothschild incarnent souvent des parties d’un ensemble (le peuple juif en général). Les références qui leur sont faites peuvent ainsi prendre la forme de synecdoques et renforcer les stéréotypes anti-juifs. 

En Grèce, un livre a paru dernièrement, portant le titre « Soros, le vampire juif-sioniste assoiffé de sang grec ». La synecdoque est dans ce cas combinée avec une accusation de meurtre, une accusation antisémite dont la fréquence a augmenté ces derniers du temps. Par ailleurs, le journal grec d’extrême-droite Eleftheri Ora a publié en décembre dernier un article intitulé « Rothschild nous a volé notre argent ». Les références à Rothschild renforcent ici les clichés antisémites sur l’intérêt des Juifs pour les affaires et le caractère frauduleux de celles-ci. 

Le Royaume-Uni peut également servir d’exemple: en novembre dernier, le porte-parole du Parti Vert en matière d’affaires étrangères a déclaré dans une interview : « Il y a des compagnies pétrolières comme Genel Energy, gérées par Nathaniel Rothschild, un ami de George Osborne, qui sont prospères, qui achètent le pétrole a l’EI, et qui en investissant permettent à l’EI de mener leurs plans diaboliques à bien à travers le monde ». Dans cette fausse accusation, Nathaniel Rothschild représente les Juifs en général, et la synecdoque met cette fois en avant le stéréotype antisémite désignant les Juifs comme des conspirateurs contre le reste du monde.   

Ce stéréotype antisémite est très souvent repris par des synecdoques impliquant George Soros. Comme l’homme d’affaires soutient financièrement diverses causes politiques ainsi que des initiatives de la société civile, les références qui lui sont faites évoquent souvent un Juif très riche et assoiffé de pouvoir qui exerce des activités clandestines et conspiratrices pour manipuler, exploiter, discréditer et détruire d’innocentes communautés. Un article paru récemment dans un journal hongrois a par exemple dépeint George Soros comme « ayant exploité la bonne foi et la naïveté de l’Union européenne » en y apportant des migrants. 

Si vous dites « visages », « roues » ou « verre », vos interlocuteurs comprendront que vous parlez de « personnes », de « voitures » ou d’un « verre de vin ». De la même manière, si vous parlez de « Soros » et de « Rothschild » en vous appuyant sur des clichés antisémites, vos interlocuteurs sauront parfaitement que vous faites allusion aux Juifs en général. Cependant, les personnes à l’origine de discours antisémite peuvent se protéger contre les accusations grâce à l’emploi d’une synecdoque, en prétendant qu’elles ne parlent pas des Juifs en général, mais de Soros et des Rothschild.

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